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Posted on 7th May at 5:58 AM
(Rien de grave - Justine Lévy)

Et j en ai marre, en même temps, de faire attention. J’en ai marre de la myopie, de la surdité, du mutisme. Mais j’en ai marre, aussi, d’être enfermée en moi avec tous ces sentiments que j’ai proscrits, tous ces mots que je ne veux plus dire, plutôt mourir que de les dire je me dis, à la casse les mots d’occasion déjà servis, c’est comme mon coeur, et mon corps, eux aussi ils sont d’occasion, eux aussi ils ont aimé, souffert, et alors ? je ne vais pas me réincarner pour autant, ni me glisser dans l’âme d’une autre, ils sont là, ces mots, de toute façon, ils sont dans ma tête, dans ma gorge, Pablo les boit en m’embrassant, il les entend même quand je les enferme, tu crois quoi, idiote ? tu crois vraiment que je ne les entends pas, ces mots d’amour que tu ne dis pas ? C’est lui, bien sûr, qui a raison. J’ai honte, et j’ai honte d’avoir honte. J’ai honte de les penser, les mots, et encore plus honte de ne pas pouvoir les dire. J’en ai marre de ce froid en moi. Marre de ne plus jamais avoir chaud ni mal. Marre de passer à côté de la vie, du bonheur, du malheur, des gens, des corridas, de la mort. Merde la fausse vie. Merde le noir, le silence, l’anesthésie, les chats, les jeans. Il a raison, Pablo. Faut arrêter de pas vivre. Faut arrêter de pas pleurer. Faut arrêter la rétention des larmes, ça va me donner de la cellulite dans le visage, à force. Faut que t’arrêtes d’avoir peur d’être vivante, il m’a dit l’autre jour, à l’aéroport. Chaque fois que tu mets la radio à fond dans la salle de bains, je sais que tu vas pisser. Faut arrêter, Belle du Seigneur. Faut arrêter l’amour sublime, les amants beaux et nobles et parfaits. Le matin, on est chiffonné, on a mauvaise haleine, c’est comme ça, faut accepter, c’est ça aussi la vie. La vie, c’est qu’un jour je quitterai Pablo, ou Pablo me quittera. Je lui préférerai quelqu’un ou il en aura marre de moi, et ce sera triste mais ce ne sera pas tragique. Et puis la tristesse passera, elle aussi, comme le bonheur, comme la vie, comme les souvenirs qu’on oublie pour moins souffrir ou qu’on mélange avec ceux des autres ou avec ses mensonges. Le parfum fade du lait de coco, nos pieds écorchés par les tongs, les immenses mille-pattes qui courent sur les chemins de terre, l’eau écarlate du fleuve Garapoa, le petit âne ébouriffé qui s’ébrouait dans les flaques comme un chiot, et ce grand chien jaune qui nous suit depuis notre arrivée, moi j’ai déjà des souvenirs avec Pablo, c’est déjà ça de pris, c’est le jour qui s’est levé. Tu vois, Louise, on recommence, il m’a dit ce matin. C’est ça qui compte, recommencer. Je ne l’aime pas comme j’aimais Adrien. Je ne l’aime plus comme aiment les enfants. La vie est un brouillon, finalement. Chaque histoire est le brouillon de la prochaine, on rature, on rature, et quand c’est à peu près propre et sans coquilles, c’est fini, on n’a plus qu’à partir, c’est pour ça que la vie est longue. Rien de grave.

Posted on 6th May at 4:46 AM
(No et moi - Delphine de Vigan)

Quand j’étais petite je regardais ma mère se maquiller devant le miroir, je suivais ses gestes un à un, le crayon noir, le rimmel, le rouge sur les lèvres, je respirais son parfum, je ne savais pas que c’était si fragile, je ne savais pas que les choses peuvent s’arrêter, comme ça, et ne plus jamais revenir.

Posted on 6th May at 4:45 AM
(Le mec de la tombe d’à côté - Katarina Mazetti)

Évidemment que les bords de la plaie luttent pour se refermer et que l’horloge voudrait qu’on la remonte.

Posted on 6th May at 4:45 AM
(Le mec de la tombe d’à côté - Katarina Mazetti)

Je croyais m’y connaître en miracles.
Ils étaient mon métier. Semer et récolter, de la vie.
Mais on ne sait jamais où ils se cachent, les miracles.
Ils peuvent vous surprendre par-derrière
et vous attraper par la peau du cou.

Posted on 6th May at 4:44 AM
(Quand tu es parti… - Maggie O’ Farrell)

Que dire de cette période que nous avons passée dans la vie l’un de l’autre ? Que nous étions heureux. Que nous ne nous quittions pratiquement jamais. Qu’il m’arrivait d’éprouver fugacement cette impression vertigineuse, étourdissante, de connaître un être au point de savoir comment ce serait d’être lui. Que je ne m’étais jamais sentie incomplète avant de le connaître, mais qu’avec lui je me sentais entière, complète. […] Que je l’aimais plus que je ne croyais possible d’aimer.

Posted on 6th May at 4:43 AM
(Puisque rien ne dure - Laurence Tardieu)

Aurions-nous pu faire autrement ? Tenir côte à côte, sans tituber ? Sans nous séparer ? Avons-nous renoncé trop tôt ? Nous ne le saurons jamais. Il est trop tard, désormais, la route s’achève. La vie est ainsi faite qu’on ne peut pas revenir sur ses pas, tenter sa chance une deuxième fois.

Posted on 6th May at 4:43 AM
(Se résoudre aux adieux - Philippe Besson)

Le jour où tu m’as demandé : “Tu m’aimes comment ?”, et où je n’ai pas su répondre. Alors tu m’as aidée. “Comme ça ?” Et tu as écarté les bras, le plus que tu as pu, tu as recherché la plus grande amplitude, avec la malice des enfants. J’ai ri, et, cette fois où j’ai ri, j’ai été incroyablement heureuse. C’est devenu un rituel par la suite. Je n’ai pas compté tous tes “tu m’aimes comment ?”, ni tous mes “comme ça” (j’avais compris le truc). Je n’ai pas compté mes rires. Mais ce sont peut-être eux qui résument le mieux notre histoire. Dans le silence de la chambre, c’est encore l’écho des rires que j’entends et c’est lugubre.

Posted on 6th May at 4:42 AM
(Comme un père - Laurence Tardieu)

On avance ensemble quelques semaines, quelques mois, quelques années. Un jour on se quitte. L’autre emporte ce qui lui appartenait, photos, casseroles, chemises. De lui il ne reste rien, sauf des souvenirs. Mais les souvenirs, ça glisse, ça s’égrène, ça tourbillonne… ça finit par s’imaginer… Jusqu’à ce qu’un matin l’autre n’ait jamais existé.
Quelle absurdité. Pourquoi la chaleur de ceux qu’on a étreints, avec lesquels on s’est dressé, ne nous garde-t-elle pas tant qu’on est encore en vie ? Ces corps fraternels, qui auront avancé sur le chemin en même temps que nous… avant l’abîme… les serrer encore un peu, juste un petit peu, un bout d’épaule, là… On est si seul au moment de la mort.

Posted on 6th May at 4:41 AM
(Je l’aimais - Anna Gavalda)

“Je n’ai jamais rien vu d’affectueux entre eux. Pierre n’est jamais démonstratif, mais je sais ce qu’il éprouve pour moi”, m’avait-elle confié un jour alors que nous parlions d’amour en épluchant des haricots. Je hochais la tête mais je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas cet homme qui s’économisait et réfrénait ses élans. Ne rien montrer de peur de se sentir affaibli, je n’ai jamais pu comprendre ça. Chez moi, on se touche et on s’embrasse comme on respire.

Posted on 6th May at 4:40 AM
(L’élégance du hérisson - Muriel Barbery)

Ainsi, sommes-nous civilisations si rongées par le vide que nous ne vivons que dans l’angoisse du manque ? Ne jouissons-nous de nos biens ou de nos sens que lorsque nous sommes assurés d’en jouir plus encore ? Peut-être les Japonais savent-ils qu’on ne goûte un plaisir que parce qu’on le sait éphémère et unique et, au-delà de ce savoir, sont-ils capables d’en tisser leur vie.

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